Le Visa Non Lucratif (Visado de Residencia No Lucrativa) est la voie de résidence espagnole pour les personnes pouvant financer leur vie sur place via des revenus passifs — pensions, dividendes, loyers, épargne — sans prendre d’emploi en Espagne. C’est l’option la plus discrète parmi les voies de résidence : pas de seuil d’investissement comme le Golden Visa, pas de contrat de travail comme un visa de travail, pas de test d’innovation comme le Visa Entrepreneur. Si vous avez des revenus démontrables et que vous ne comptez pas travailler pour un employeur espagnol, c’est généralement la voie la plus simple. Voici le mode opératoire pour 2025.
À qui s’adresse ce visa
Le profil classique est le retraité avec une pension, mais en pratique le visa couvre toute personne disposant de revenus non liés à un emploi en Espagne :
- Retraités avec pensions publiques ou privées
- Investisseurs vivant de dividendes et plus-values
- Bailleurs avec revenus locatifs hors Espagne
- Héritiers avec un portefeuille rentier
- Travailleurs à distance — uniquement si la prestation est facturée à des clients/employeurs hors d’Espagne, sans clientèle espagnole, et que l’agent consulaire considère l’activité comme suffisamment “passive” (point de plus en plus contesté ; le Visa Nomade Numérique est la voie plus propre pour les actifs en télétravail)
Point critique : le visa interdit de travailler en Espagne pendant la période d’autorisation. La violation annule le titre.
Seuils de revenu 2025
Le revenu minimum exigé est calculé sur l’IPREM (Indicador Público de Renta de Efectos Múltiples), la référence espagnole, fixée à 600 €/mois en 2025.
| Membre du foyer | Multiplicateur | Minimum mensuel 2025 | Équivalent annuel |
|---|---|---|---|
| Demandeur principal | 400 % IPREM | 2 400 € | 28 800 € |
| Personne à charge (conjoint, enfant) | 100 % IPREM | 600 € | 7 200 € |
Pour un couple avec deux enfants : 28 800 € + 3 × 7 200 € = 50 400 €/an. Vous devez démontrer ces revenus issus de sources passives, dans la durée, sur au moins 12 mois de documents.
Documents demandés par le consulat
La demande se dépose au consulat d’Espagne dans votre pays de résidence, pas en Espagne. Documents :
- Formulaire de demande (EX-01) signé en personne lors du rendez-vous consulaire
- Passeport en cours de validité avec au moins 1 an restant
- Justificatifs de revenus — relevés bancaires des 12 derniers mois, attestation de pension, relevés de dividendes, baux locatifs, relevés de comptes-titres. Plus la preuve est riche et diversifiée, plus l’examen est fluide.
- Assurance santé privée auprès d’un assureur agréé en Espagne, couverture totale, sans franchise ni période d’attente. Doit mentionner explicitement “équivalente au régime public espagnol”.
- Certificat médical (émis dans les 90 derniers jours, attestant l’absence de maladie pouvant affecter la santé publique selon le Règlement sanitaire international 2005)
- Casier(s) judiciaire(s) de chaque pays de résidence des 5 dernières années, apostillé(s) et traduit(s) par traducteur assermenté
- Justificatif de logement en Espagne — bail ou titre de propriété
- Frais de visa (selon consulat — typiquement 60–80 €)
Les casiers judiciaires sont la cause la plus fréquente de retard. Lancez les demandes tôt ; certains pays mettent 6–12 semaines à émettre.
Calendrier de la demande
Le processus de bout en bout prend typiquement 3 à 5 mois :
- Constitution du dossier (4–8 semaines) — casiers, apostilles, traductions assermentées.
- Rendez-vous consulaire — délai typique 2–6 semaines selon la charge du consulat (Paris, Bruxelles, Genève peuvent être saturés).
- Décision (1–3 mois) — le consulat instruit et approuve, demande des compléments ou rejette. Les taux d’approbation pour les dossiers bien préparés dépassent 90 %.
- Apposition du visa sur le passeport — à retirer au consulat dans les 30 jours suivant l’approbation.
- Voyage en Espagne dans les 90 jours après l’émission.
- Carte TIE (Tarjeta de Identidad de Extranjero) — à demander dans les 30 jours après l’arrivée à l’Office des étrangers compétent. C’est votre carte physique de résident.
Cycle de renouvellement
Le visa initial est valable 1 an. Ensuite les renouvellements suivent un cycle de 2 ans :
- An 1 → renouvellement pour 2 ans
- An 3 → renouvellement pour 2 ans
- An 5 → éligibilité à la résidence longue durée (de fait permanente)
- An 10 → éligibilité à la nationalité espagnole
Chaque renouvellement exige de prouver à nouveau les revenus pour la période concernée. Les seuils s’additionnent : 400 % IPREM × le nombre d’années couvertes (un renouvellement de 2 ans = 2 fois le minimum annuel).
Le volet fiscal dont personne ne parle
Le Visa Non Lucratif vous rend résident fiscal espagnol dès le jour 1 si vous passez plus de 183 jours en Espagne sur l’année — et l’esprit du visa étant de vivre sur place, la plupart des titulaires basculent en résidence dès la première année.
La résidence fiscale signifie :
- Revenus mondiaux taxés en Espagne (avec convention fiscale qui neutralise le plus souvent l’imposition dans le pays d’origine)
- Impôt sur la fortune sur le patrimoine mondial (régimes régionaux — Andalousie : abattement 100 %, Madrid : 100 %, autres : variable)
- Modelo 720 déclaration annuelle des avoirs à l’étranger (voir notre guide Modelo 720)
- Droits de succession et donation sur le patrimoine mondial (régimes régionaux — voir Andalousie : abattement 99 %)
La planification fiscale se fait avant la demande, pas après. Vendre un bien étranger l’année d’avant l’installation n’a rien à voir avec le vendre l’année d’après. Restructurer un trust ou un portefeuille avant que la résidence fiscale ne démarre est nettement plus simple. Nous accompagnons les retraités 12 à 18 mois avant le déménagement pour cartographier la position fiscale.
Non Lucratif vs Golden Visa vs Nomade Numérique
Les trois voies de résidence les plus fréquentes pour les non-communautaires, côte à côte :
| Visa Non Lucratif | Golden Visa | Visa Nomade Numérique | |
|---|---|---|---|
| Investissement requis | Aucun | 500 K € (immobilier ou autre) | Aucun |
| Revenu requis | 400 % IPREM passif | Aucun | ~2 500 €/mois en travail à distance étranger |
| Travail en Espagne autorisé | Non | Limité | Oui (clients étrangers) |
| Éligible Loi Beckham | Non (pas un déplacement professionnel) | Non | Oui |
| Présence minimale en Espagne | Oui — pour les renouvellements | Non | Oui |
| Voie vers la nationalité | Oui (10 ans) | Oui (10 ans) | Oui (10 ans) |
| Statut 2025 | Actif | Voie immobilière supprimée — voir notre article Golden Visa | Actif |
Pour la majorité des retraités et des rentiers, le Non Lucratif est la bonne réponse. Pour les actifs en télétravail, le Nomade Numérique l’emporte généralement (notamment grâce à l’accès à la Loi Beckham). Pour ceux disposés à investir 500 K €+, le Golden Visa offrait la plus grande flexibilité — jusqu’à la suppression de la voie immobilière par la réforme 2024.
Raisons les plus fréquentes de refus
- Revenu qui paraît actif et non passif. Le consulat scrute les dividendes ou freelance qui ressemblent à du travail actif. Soyez précis sur la source et la stabilité.
- Trous dans la couverture santé. Les franchises, exclusions et délais de carence sont des motifs de refus classiques. Utilisez une police explicitement dédiée aux demandes de visa.
- Casiers judiciaires manquants. Si vous avez vécu dans 4 pays sur les 5 dernières années, il faut 4 casiers. Un manque bloque tout le dossier.
- Traductions non assermentées. Les traductions d’agence standard sont régulièrement rejetées. Utilisez un traductor jurado inscrit auprès du Ministère espagnol des Affaires étrangères.
Si vous êtes à 6 à 12 mois d’une installation en Espagne et que vous voulez un parcours structuré du visa et de la planification fiscale parallèle, réservez une consultation gratuite. La majorité de nos clients viennent à nous exactement à ce moment-là — assez tôt pour planifier, assez près pour que le projet soit réel.